Quand la nuit devient jour – Sophie Jomain

Note : ★★★★★ (5/5) Coup de cœur
Extrait : « Les maladies incurables sont généralement visibles à la longue, mais la mienne est sournoise. Elle se cache et donne l’illusion de ne pas exister. Elle est pourtant bien là, chaque jour, chaque nuit. Elle court dans mes veines comme un poison et insuffle à mes poumons un air irrespirable. »

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Titre : Quand la nuit devient jour
Auteur : Sophie Jomain
Genre : Contemporain
Langue : Française
Pages : 224
Note : 5/5 Coup de cœur

En bref : Une histoire bouleversante sur une maladie que trop de gens ne voit pas ou ne comprenne pas et qui fait pourtant des ravages. Sophie Jomain raconte avec beaucoup de justesse et de sensibilité la vie de Camille, dépressive et souhaitant être euthanasiée pour ne plus avoir à souffrir.

Résumé :

On m’a demandé un jour de définir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m’enfonce une épine dans le pied, décrire l’échauffement d’une brûlure, parler des nœuds dans mon estomac quand j’ai trop mangé, de l’élancement lancinant d’une carie, mais je suis incapable d’expliquer ce qui me ronge de l’intérieur et qui me fait mal au-delà de toute souffrance que je connais déjà.
La dépression. Ma faiblesse.

Le combat que je mène contre moi-même est sans fin, et personne n’est en mesure de m’aider. Dieu, la science, la médecine, même l’amour des miens a échoué. Ils m’ont perdue. Sans doute depuis le début. J’ai vingt-neuf ans, je m’appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois.
Le 6 avril 2016. Par euthanasie volontaire assistée.

Avis :

Nous suivons la vie de Camille de son enfance à l’âge adulte. Elle fait part de son mal être, de sa souffrance et de son incapacité à trouver une solution pour s’en sortir. Malgré tout l’amour que lui porte son entourage, son mal continue à la ronger de l’intérieur. La seule alternative pour elle, est l’euthanasie volontaire assistée. Après les démarches nécessaires, sa demande est validée et les derniers mois de Camille avant le 6 avril 2016 nous sont contés.

Quand j’ai commencé ce roman, je ne me souvenais plus du tout du thème mais j’ai tout de suite été mise au parfum. Dès les premières pages, l’auteure nous transporte dans la vie de Camille et dans sa souffrance. Afin que nous comprenions sa démarche, le passé de la jeune femme nous est racontée dans les premiers chapitres. Ce ne fût pas une lecture aisée car la plume de l’auteure est telle que nous nous prenons de plein fouet toutes les émotions ressenties par le personnage. C’est dur, douloureux mais loin d’être pathétique. A aucun moment d’ailleurs, Sophie Jomain est tombée dans le pathos. D’un bout à l’autre du récit, elle garde une justesse et une sensibilité qui vous détruit le cœur en mille morceaux.

J’ai été d’autant plus touchée que la dépression est un sujet qui me connaît. C’est une maladie invisible que beaucoup de gens ne comprennent pas ou apparentent ça à un coup de blues, quelque chose de passager. Elle change en fonction des gens mais pour ma part, j’ai plutôt tendance à comparer ça à une entorse, une fois que vous en avez eu une, elle est susceptible de revenir vous torturer à n’importe quel moment et parfois, pour « pas grand-chose ». Ce n’est pas une maladie qui vous empêche de sourire ou de passer du bon temps, c’est un ennemi perfide qui attend dans un coin sombre le bon moment pour vous attaquer et vous mettre à terre. Tout repose ensuite dans la volonté que nous avons ou non de nous relever et contre-attaquer. Cela demande énormément d’énergie et en ce qui concerne Camille, elle est épuisée et ne demande qu’à être libérée de ce fardeau. J’ai suivi son parcours avec beaucoup d’attention et d’appréhension, en croisant les doigts pour que ça ne devienne jamais le mien car bien que je comprenne ce qu’elle endure, j’aurais aimé qu’une autre réponse s’offre à elle. Celle-ci est bien trop triste et irréversible…

Au niveau des personnages, nous avons aux côtés de Camille, ses parents, son médecin traitant puis surtout Brigitte et le Dr Peters qui partageront son quotidien au centre où elle a décidé de passer ses derniers mois. J’ai été tout aussi touchée par Camille que par son entourage. Voir l’incompréhension de ses parents face à la maladie, leur impuissance face à la décision de leur fille puis plus tard, l’espoir qu’elle finisse malgré tout par changer d’avis m’a chamboulée. Ce sont des passages qui vous serrent le cœur et qui vous donnent envie d’effacer les mots couchés sur le papier pour les réécrire et apaiser tout le monde. Quant à Brigitte et le Dr Peters, je les ai tous les deux beaucoup apprécié aussi. Grâce à la bonne humeur de Brigitte et l’honnêteté et l’humour du Dr Peters, le récit se retrouve parsemés de moments d’accalmie ou tout comme Camille nous pouvons profiter de la vie et souffler un peu.

Le roman parle de dépression mais aussi d’euthanasie volontaire assistée qui bien que interdite en France est autorisée chez nos voisins les Belges. Je ne connaissais rien des démarches ou autres de cette méthode mais j’ai été sensible à la façon dont l’auteure a présenté les choses. L’utilisation de l’euthanasie dans son ouvrage n’est pas une façon pour elle de se démarquer des autres romans. Nous voyons bien qu’à travers son oeuvre, elle souhaite nous pousser à la réflexion sur le bien fondé ou non de cette technique médicale. Je n’avais pas spécialement d’avis à ce sujet mais suite à la lecture de ce livre, je me dis que la France devrait peut-être revoir sa décision à ce sujet. Si quelqu’un veut en finir avec sa souffrance, ne peut-on pas lui donner une possibilité supplémentaire et un peu plus digne de le faire ?

Bref, « Quand la nuit devient jour » est un roman qui m’a touchée jusqu’au plus profond de mon être. La souffrance de Camille est palpable et sa décision compréhensible. Je crois que c’est la première fois que je lis un roman non-autobiographique où la dépression est dépeinte avec autant d’exactitude.

 

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