Mangez-le si vous voulez – Jean Teulé

Note : ★★★☆☆ (3/5)
Extrait : « Il reçoit des chocs à tuer un âne, des coups d’aiguillon sur les bras, les épaules. Sa chemise se lacère. -Frappez-le, ça fera venir la pluie ! »

indexTitre : Mangez-le si vous voulez
Auteur : Jean Teulé
Genre : Historique
Langue : Française
Pages : 129
Note : 3/5

En bref : C’est cru, difficile à lire et, même si nous connaissons le contexte historique du récit, on reste interdit par ce qui nous est raconté. On ne peut s’empêcher de se demander à chaque instant comment les habitants ont pu en arriver là et pourquoi ils n’ont pas réussi à ouvrir les yeux à temps.

Résumé :

Nul n’est à l’abri de l’abominable. Nous sommes tous capables du pire ! Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune périgourdin, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin. C’est un jeune homme plaisant, aimable et intelligent. Il compte acheter une génisse pour une voisine indigente et trouver un couvreur pour réparer le toit de la grange d’un voisin sans ressources. Il veut également profiter de l’occasion pour promouvoir son projet d’assainissement des marais de la région.

Il arrive à quatorze heures à l’entrée de la foire. Deux heures plus tard, la foule devenue folle l’aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé. Comment une telle horreur est-elle possible ? Comment une population paisible (certes angoissée par la guerre contre l’Allemagne et sous la menace d’une sécheresse exceptionnelle) peut-elle être saisie en quelques minutes par une telle frénésie barbare ?

Avis :

Alain de Monéys est adjoint au maire. Il se rend, le 16 août 1870, dans le village voisin pour participer à la foire, parler de son projet d’assainissement et rendre service à quelques villageois. Il rencontre des gens sur le trajet puis à l’entrée du village et discute joyeusement avec elles. Alain est une personne reconnue et très appréciée dans les environs. Cependant, au cours d’une conversation, un quiproquos voit le jour entre notre adjoint et ses interlocuteurs. Ces derniers le prennent pour un traite à la nation et se mettent à le rouer de coups. S’ensuit un chemin de croix qui entraînera la mort du jeune homme.

C’est le deuxième roman de Jean Teulé que je lis, le premier étant Le magasin des suicides et c’est toujours aussi « original »… Je ne sais pas trop comment décrire et chroniquer ce livre, il est vraiment horrible !

Pas « horrible » dans le sens « mauvais » mais plutôt parce qu’il est choquant. On suit toutes les atrocités qu’a subi Alain de Monéys, de la première gifle à sa mort, sans aucune restriction et j’ai souvent fait la grimace face aux descriptions faites. Il faut s’accrocher car l’auteur ne nous épargne pas et sa plume simple, rend le texte encore plus cru et abjecte !
Le roman n’a beau faire que 130 pages, il m’a paru bien long. Je n’avais qu’une envie, que le prochain coup qu’il recevrait, le tuerait une bonne fois pour toute afin que son calvaire s’achève. Mais le corps de Alain est bien plus résistant qu’il n’y paraît et les tortures continuent donc, au grand désarroi du lecteur.

C’est loin d’être un ouvrage que j’ai apprécié car le récit qui nous est conté est effroyable. Si cette histoire avait été purement fictive, je n’y aurais trouvé aucun intérêt, ni pris aucun goût, mais le fait que ce soit tirée de faits réels, qu’Alain de Monéys a vraiment été tué de cette façon à cause d’une phrase mal interprétée, a changé ma perception du livre. Cela m’a rappelé La Vague de Todd Strasser, on se dit que ça n’arrivera jamais, que c’est exagéré mais la nature humaine est effrayante quand elle est en position de faiblesse, quand elle est emportée par le groupe et avant d’entamer « Mangez-le si vous voulez », il faut remettre l’histoire dans son contexte.

Nous sommes à une époque où la guerre fait rage contre les prussiens, où la France de Napoléon est en difficulté, les défaites s’accumulent, les habitants doivent se rationner de plus en plus et l’été caniculaire n’arrangent rien à la situation. Les gens se sentent donc acculés, frustrés, désemparés, ils ont besoin de retrouver un peu d’espoir, d’être utile et d’avoir l’impression de gagner, au moins un peu. C’est avec tout ce maelstrom d’émotions en eux que le feu de la colère s’embrase et contamine petit à petit tout le village. Cela n’excuse en rien leur comportement envers Alain de Monéys bien entendu, mais on arrive plus ou moins à comprendre comment ils en sont arrivés là.
Ce qui est le plus surprenant, ce n’est pas tant qu’ils aient commencé à le battre mais c’est surtout qu’à aucun moment les habitants n’ont voulu écouter ce que notre héros, ou les quelques personnes qui étaient de son côté, avaient à dire. Ils étaient comme cul et chemise et la seconde d’après, plus rien. On a vraiment l’impression que leur cerveau s’est éteint et qu’ils ont laissé place à leur part animal, c’est effrayant. Même eux ne semblent pas savoir ce qu’il leur a pris…

Bref, « Mangez-le si vous voulez » est un roman historique qui nous raconte la dernière journée d’Alain de Monéys, un jeune homme torturé jusqu’à la mort à cause d’un quiproquos. C’est cru, difficile à lire et, même si nous connaissons le contexte historique du récit, on ne peut s’empêcher de se demander à chaque instant comment les habitants ont pu en arriver là et pourquoi ils n’ont pas réussi à ouvrir les yeux à temps.
C’est un pan de l’Histoire dont on peut ne pas être fier mais qu’il ne faut pas oublier pour autant.

 

7 réflexions sur “Mangez-le si vous voulez – Jean Teulé

  1. Je ne connaissais pas du tout le sujet de ce roman-là, je l’avoue mais maintenant entre le résumé et ta chronique, j’ai très envie de le découvrir pour suivre au plus près la folie de ces gens. Je sais que ça risque d’être dur mais ça m’intrigue tellement que je pense quand même me lancer ^^

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