Eclat(s) d’âme – Yuhki Kamatani

Note : ★★★★☆ (4.25/5)
Extrait : « Je voudrais vivre heureux avec la personne que j’aime. Rien de plus. C’est tout ce que je demande. Qu’y a-t-il de mal à cela ? »

couv28997179Titre : Eclat(s) d’âme
Auteur : Yuhki Kamatani
Genre : Seinen
Langue : Française
Tomes : 4 tomes (terminé)
Note : 4.25/5

En bref : On explore avec sensibilité et justesse les thèmes de l’identité sexuelle et de la diversité. Les personnages sont bien travaillés et développés. Ce sont des humains bourrés d’incertitudes et d’imperfections mais c’est ce qui les rend si touchants. La critique de la société qui nous est présentée ici est subtile mais pas moins déchirante.

Résumé :

« Deux jours avant les vacances d’été, je crois que… je suis mort ». C’est ce qu’a pensé Tasuku le jour où un de ses camarades de classe lui a piqué son smartphone, alors qu’il était en train de regarder un vidéo porno gay dessus. La rumeur s’est répandue comme une trainée de poudre. Tasuku, pense alors à se suicider, ne pouvant supporter cette réalité dont il n’avait pas encore complètement conscience lui-même, mais aussi par peur du regard de la société. Pourtant, alors qu’il s’apprête à sauter dans le vide, il aperçoit, au loin, une mystérieuse silhouette de jeune femme qui le devance et… saute dans le vide ?! Intrigué, terrorisé, il s’élance vers l’endroit d’où elle a sauté. Il y découvre, stupéfait, que la jeune femme est encore en vie, et qu’elle est l’hôte d’une sorte de résidence associative, véritable safe space où se réunissent diverses personnes LGBT. De rencontre en rencontre, le jeune lycéen va apprendre à se connaître, à s’accepter, et trouver sa place dans le monde.

Avis :

Tasuku est surpris en train de regarder une vidéo porno gay, il est alors moqué par ses camarades de classe qui le traite d’homosexuel et pense sa vie fichue. Après les cours, il se dirige dans un lieu en hauteur de la ville pour mettre fin à ses jours mais à ce moment-là, il voit une personne sautée dans le vide non loin d’ici. En allant à sa rencontre, il passe par un lounge où se regroupe des personnes de tout horizon qui l’accueillent à bras ouverts. Les vacances commençant, il va passer une partie de l’été à aider et participer à la vie de cette résidence particulière.

Une série en quatre tomes que j’ai globalement aimé même s’il y a quand même quelques petits trucs qui m’ont perturbé et m’ont empêché de mettre la note maximale.
Tout d’abord, j’ai beaucoup aimé les personnages secondaires ! Avec Misora, Utsumi, Daichi, Saki et Tchaïko, nous avons une très belle palette de personnages qui sont tous développés comme il se doit. Grâce à eux, Yuhki Kamatani explore les thèmes de l’identité sexuelle, de la diversité, de l’acceptation de soi et du regard de la société sur les minorités. Chaque personnage a son heure de gloire, fais des erreurs et reste très humains dans ses choix et ses paroles. J’ai été particulièrement touchée par l’histoire de Misora, qui semble complètement perdu dans son identité mais aussi par Saki et Daichi qui doivent faire face aux critiques de la société.
Le lounge dans lequel ils se retrouvent la plupart du temps est un vrai havre de paix, un lieu où ils peuvent être qui ils veulent sans risquer d’être jugés, et l’auteur arrive parfaitement à retranscrire cette ambiance sereine grâce à son coup de crayon.

J’ai aussi aimé Tasuku, le personnage principal. Son développement est fort et pertinent. Avant de le mettre en face de la société, Kamatani a pris soin de mettre son héro face à lui-même, de le faire réfléchir sur ce qu’il est, sur ce qu’on voudrait qu’il soit et sur ce qu’il aimerait être. Pour cela, elle l’a entouré de gens bienveillants. Il y a une introspection du personnage qui est alors intéressante à suivre. J’ai pris plaisir à le voir grandir et s’affirmer, il trébuche souvent et fais de nombreux faux pas mais il se relève à chaque fois et corrige ses erreurs. Tasuku est un protagoniste sensible, qui se cherche et qui finit par se trouver. La mangaka le fait alors sortir de son cocon et lui fait affronter le monde extérieur. J’ai apprécié ses interrogations face aux comportements étranges de son camarade de classe Tsubaki, mais j’ai moins adhéré à sa clémence. L’amour a tendance à rendre aveugle mais tout de même…

On arrive du coup à la partie qui m’a un peu embêté ou plutôt au personnage avec lequel j’ai eu le plus de mal : Tsubaki. Du début jusqu’à la fin, je n’ai pas su sur quel pied danser avec lui. Un coup il est hyper amical avec Tasuku et il aide les gens du lounge à retaper les maisons, puis la scène suivante, il lance à qui veut l’entendre qu’il trouve les homosexuels répugnants et que ceux qui participent à la vie du lounge ne sont pas si « bizarres » que ça. Au départ, j’étais persuadée que Tsubaki était un homosexuel qui préférait rester caché mais certains de ces propos étaient tellement véhéments et cruels que j’ai fini par me dire qu’il était tout simplement homophobe. Mais dans ce cas, pourquoi traîner avec Tasuku et ses amis ? Pourquoi les aider à reconstruire les maisons délabrées du village ? C’est un personnage qui m’a fait tourner en bourrique tout du long, ce qui fait que lorsque sa carapace explose et qu’on découvre ce qu’il y a véritablement derrière, je n’ai pas réussi à compatir à son sort. Je ne peux nier que c’est un personnage très complexe et bien travaillé mais ça ne me l’a pas rendu plus sympathique pour autant. Même si je comprends d’où il vient, je ne peux oublier ses propos désobligeants.

Un autre personnage complexe, c’est l’Hôte. Personnage omniprésent mais dont on ne sait strictement rien. Je me suis même demandée si elle était réelle ! Elle saute des balcons, parle peu aux gens et apparaît et disparaît selon son bon vouloir. Elle a un côté fluide et transparent qui donne au personnage un aspect onirique. Une partie du dernier tome lui est consacrée et nous comprenons alors beaucoup mieux pourquoi la mangaka a donné à ce personnage un comportement aussi particulier. Cependant, même si l’Hôte nous devient plus tangible à la suite de ces révélations, elle n’en reste pas moins difficile à cerner et nous avons toujours l’impression qu’elle pourrait s’évaporer d’un instant à l’autre.

Enfin, même si le dénouement est porteur d’espoir et d’avancée, Yuhki Kamatani expose tout au long de son histoire, les défauts, les préjugés et les discriminations qui polluent l’esprit des gens. Elle nous parle des moqueries d’école mais aussi de sujets plus compliqués comme la fausse bienveillance de l’ami de Utsumi, les faux semblants du père de Tsubaki. Le Japon est un pays qui compte énormément sur les apparences et on sent qu’il y a du vécu dans certaines scènes tant elles sont criantes de vérité.

Bref, « Eclat(s) d’âme » est un seinen qui explore avec sensibilité et justesse les thèmes de l’identité sexuelle et de la diversité. Les personnages sont extrêmement bien travaillés et développés. Ils sont humains et de ce fait, ils sont bourrés d’incertitudes et d’imperfections mais c’est ce qui les rend si complexes et touchants. Nous voyons aussi, à travers ce mangas, tout le chemin qu’il reste à faire au Japon (et même ailleurs) pour que la communauté LGBT puisse vivre comme bon leur semble. La critique qui nous est présentée ici est subtile mais pas moins déchirante.

10 réflexions sur “Eclat(s) d’âme – Yuhki Kamatani

  1. Tu parles super bien de cette saga, tu as su trouver les mots juste je trouve.
    Ce fut un coup de cœur pour moi aussi. J’ai aimé le côté fantastique des débuts qui se fracasse peu à peu avec la réalité. Celle-ci n’est pas atténuée et c’est tant mieux. Par contre, je crois que j’ai été au final plus touchée par les personnages secondaires que par le héros, trop lisse pour moi malgré tout..

    J'aime

    • Ça me rassure à chaque fois que tu me dis que j’ai bien expliqué mon point de vue parce que parfois, je me trouve tellement brouillon 😅

      J’ai aussi préféré les personnages secondaires aux principaux, ils étaient bien plus intéressants **

      Aimé par 1 personne

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