Toute la lumière que nous ne pouvons voir – Anthony Doerr

Note : ★★★★☆ (3.75/5)
Extrait : « Quand j’ai perdu la vue, on m’a dit que j’étais courageuse. Quand mon père est parti, on a encore dit que j’étais courageuse. Mais ce n’est pas du courage : je n’avais pas le choix. Tous les matins, je me réveille et je vis ma vie. Pas vous ? »

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Titre : Toute la lumière que nous ne pouvons voir
Auteur : Anthony Doerr
Genre : Historique
Langue : Française
Pages : 697
Note : 3.75/5

En bref : Même si j’ai eu parfois du mal avec la forme, j’ai beaucoup aimé le fond. C’est le récit de deux individus avant, pendant et après la guerre, ce qu’ils ont vécu, les gens qu’ils ont touché et ce qu’ils ont laissé. Il y a des horreurs, des trahisons, de la tristesse mais aussi de la poésie et de l’espoir. Voici, un beau témoignage de la vie pendant la guerre.

Résumé :

Marie-Laure Leblanc vit avec son père près du Muséum d’histoire naturelle de Paris où il travaille. A six ans, la petite fille devient aveugle, et son père crée alors pour elle une maquette reconstituant fidèlement leur quartier pour l’aider à s’orienter et à se déplacer. Six ans plus tard, l’Occupation nazie les pousse à trouver refuge à Saint-Malo chez l’oncle du père de Marie-Laure, un excentrique profondément marqué par son expérience de la Première Guerre mondiale, qui vit reclus dans sa maison en bord de mer. Pour éviter que les Allemands ne s’en emparent, le Muséum a confié à Leblanc un joyau rare, la copie d’un diamant ayant appartenu à la famille royale de France, sans savoir qu’il s’agit en réalité de l’original.
Loin de là, en Allemagne, Werner grandit dans un pensionnat pour enfants de mineurs décédés. Curieux et intelligent, l’orphelin se passionne pour la science et la mécanique et apprend rapidement à réparer les machines qui lui tombent sous la main. Un talent rare repéré par les Jeunesses hitlériennes où il se trouve enrôlé. Prenant conscience des fins auxquelles est utilisée son intelligence, il est sanctionné, devenant un simple soldat de la Wehrmacht. En 1944, son chemin croise en France celui de Marie-Laure alors que Saint-Malo est incendiée et pilonnée par les bombes.

Avis :

Nous sommes le 7 août 1944 et Saint-Malo se fait bombarder. Dans une maison de la ville, une jeune fille se protège tant bien que mal des débris en attendant le retour de son père. Dans un hôtel non loin, des officiers allemands se retrouvent ensevelis sous les décombres.
1934. Marie-Laure vit à Paris avec son père qui travaille au musée d’Histoire Naturelle. Avant que les allemands débarquent dans la capitale, la petite famille quitte Paris pour rejoindre un oncle à Saint-Malo. En Allemagne, Werner, un orphelin qui s’est toujours posé beaucoup de questions sur le fonctionnement de l’univers, se découvre un don pour la construction et la réparation de radios. Comment et pourquoi Marie-Laure et Werner vont-ils se trouver 10 ans plus tard dans la même ville, à des centaines de kilomètres de chez eux et sous les bombardements ?

J’ai mis du temps à lire ce roman et pourtant je n’ai pas tant de choses que ça à redire dessus. Les défauts que j’ai à relever ne sont qu’une question de goût finalement. Tout d’abord, j’ai trouvé les chapitres trop courts. D’habitude, je les apprécie tels quels car cela donne du dynamisme au récit mais ici, ils m’ont maintes fois paru trop courts (certains ne font même pas une page…) et comme l’auteur change de points de vue à chaque chapitre, j’ai trouvé que la cadence était bien plus souvent coupée que rythmée. A peine on s’installe aux côtés d’un personnage et appréhendons-nous son environnement que nous devons déjà switcher sur un autre. C’était déstabilisant et frustrant.

Le deuxième point qui m’a dérangé, c’est les timelines. L’histoire commence en août 1944 et nous faisons la connaissance de nos deux protagonistes qui se retrouvent, chacun de leur côté, très vite en grande difficulté. On se dit qu’ils vont trouver un moyen de sortir de là et se rencontrer mais avant même qu’on puisse échafauder une quelconque hypothèse, nous basculons en 1934. Là, nous découvrons l’enfance de nos héros et tout ce qu’ils ont vécu pour en arriver à cette journée d’août 1944 à Saint-Malo. 
Que l’auteur nous tease ce qu’il va arriver à Marie-Laure et Werner avant de rebrousser chemin et nous faire « poireauter » les trois-quarts du livre en nous dévoilant leur passé, pourquoi pas. Cependant, dans ce cas, il aurait été préférable qu’il s’en tienne à ce mode opératoire et qu’il ne s’amuse pas à faire des aller-retours entre le présent et le passé. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’avais l’impression d’être dans un film de Nolan car la date est bien indiquée à chaque changement, en début de chapitre, mais j’aurais aimé un récit un peu moins déstructuré dans son déroulé. Il y avait déjà suffisamment à faire et bien que le premier saut dans le temps apporte de l’intérêt à l’histoire, ce n’est pas le cas de ceux qui ont suivi.

Hormis ces deux points qui sont plus un problème de forme que de fond, j’ai apprécié ma lecture. Marie-Laure m’a beaucoup touché. J’ai adoré la relation qu’elle a avec son père mais aussi la façon dont elle s’organise autour de son handicap et comment son père l’épaule au quotidien. Elle est peut-être aveugle mais elle est loin d’être stupide et inutile. C’est une fille curieuse, amoureuse des livres depuis son plus jeune âge et alors qu’elle vivait humblement, la guerre va emporter son innocence en plus de beaucoup d’autres choses. Elle va prendre conscience des changements qui ont lieu dans son pays (on est en plein occupation allemande), des restrictions qui s’accumulent et de leurs impacts. Elle ne voit pas mais elle ressent le grondement de la révolte qui s’installe et comme ses voisins, elle souhaite apporter sa pierre à l’édifice. 

De l’autre côté, nous avons Werner qui vit dans un orphelinat avec sa sœur jusqu’à ce qu’on remarque son talent pour le bricolage. Il va alors être emmené dans une école pour devenir un soldat nazi. Werner est un personnage dont l’évolution fût très intéressante. De petit garçon réparant des radios et écoutant des émissions clandestines, il va devenir soldat de la Wehrmacht avec tout ce que cela implique. Il ne nous est pas toujours sympathique car nous savons qu’il est du côté des « méchants » mais j’ai trouvé son point de vue bien écrit et touchant. Nous comprenons bien la façon dont il a été embrigadé dans l’armée allemande, les rêves qu’on lui faisait entrevoir et le peu de choix et de liberté qu’on lui a laissé par la suite. C’est mon petit chouchou avec Frederick, son camarade de classe et ce qui se rapproche le plus d’un meilleur ami.

Le fait qu’on suive Marie-Laure et Werner dès l’âge de 6 ans nous permet de comprendre facilement d’où ils viennent et pourquoi ils ont suivi ce parcours. Nous compatissons et sommes remués par leur vécu et nous espérons qu’une confrontation aura lieu et permettra à chacun de s’exprimer pleinement. Je croyais vraiment que leur rencontre se ferait vers le milieu du roman et que c’était pour cela que l’auteur nous faisait voyager régulièrement entre les deux époques. J’ai donc été un peu déçue quand j’ai constaté que ça n’arriverait pas. Au final, leur tête-à-tête est de courte durée, un instant bien trop éphémère à mon goût et en même temps, si doux et réaliste.

En ce qui concerne la fin, elle m’a plu. J’ai aimé voir ce que devenait certains personnages, comment ils ont vécu l’après-guerre, le retour à la paix et à un train de vie moins tumultueux. Des années se sont écoulées mais on voit que ce conflit a laissé des cicatrices à vie sur toute une génération. L’auteur a vraiment retranscrit cette fragilité dans l’équilibre des personnages. Je mentirais si je disais que mes yeux n’ont pas été embués sur les derniers chapitres…

Bref, « Toute la lumière que nous ne pouvons voir » est un très beau roman. Même si j’ai eu parfois du mal avec la forme, j’ai beaucoup aimé le fond. C’est l’histoire émouvante d’une fille aveugle vivant sous l’occupation allemande et dont la vie est complètement chamboulée du jour au lendemain. C’est le récit d’un orphelin allemand qui a soif de connaissance et qui se retrouve au front bien trop vite et bien trop jeune. C’est le parcours de deux individus avant, pendant et après la guerre, ce qu’ils ont vécu, les gens qu’ils ont touché et ce qu’ils ont laissé. Il y a des horreurs, des trahisons, de la tristesse mais aussi de l’espoir. Un beau témoignage de la vie pendant la guerre.

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