Les eaux noires – Estelle Tharreau

Note : ★★★★☆ (4/5)
Extrait : « A ces heures où le corps et l’esprit semblaient emprisonnés dans un carcan de coton, des idées lugubres assaillaient Joséfa, la renvoyait vers un sentiment de solitude qui ne cessait de s’étendre au fil des jours, des mois, des années. »

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Titre : Les eaux noires
Auteur : Estelle Tharreau
Genre : Policier, Thriller
Langue : Française
Pages : 256
Note : 4/5

En bref : La Baie est comme un volcan qui finit par exploser à cause de la pression des secrets et des non-dits. J’ai aimé voir Josefa combattre l’hypocrisie et les rumeurs. Je l’ai moins apprécié quand elle a arrêté de réfléchir à ses actes. Malgré tout, cette ville où chacun protège ses intérêts au détriment de la vérité ou de la vie d’un autre, était intéressante à suivre.

Résumé :

Lorsque les eaux noires recrachent le corps de la fille de Joséfa, personne ne peut imaginer la descente aux enfers qui attend les habitants de la Baie des Naufragés.
L’assassin restant introuvable, à l’abri des petits secrets et des grands vices, une mécanique de malheur va alors tout balayer sur son passage…
Les révélations d’un corbeau, la détresse d’une mère et le cynisme d’un flic alimenteront l’engrenage de la rumeur, de la suspicion et de la haine.
Joséfa réussira-t-elle à survivre à la vérité ?

Avis :

Ce livre est un SP proposé par les Editions Taurnada et je remercie Joël pour sa confiance.

L’histoire se déroule dans la Baie des Naufragés, un lieu où il ne reste que quatre habitations. Dans l’une d’elle vit Cédric Linegarde, un policier célibataire proche de la retraite. Dans une autre, la famille Soblon composée d’Astrid, d’Yvan et de leur fils Charly puis dans une troisième se trouve Dominique, un employé de banque discret et sans histoire. Enfin, dans la dernière maison vivent Joséfa et sa fille Suzy. La vie y est difficile et monotone, jusqu’au jour où le corps de Suzy est rejeté par les vagues. L’enquête va soulever bon nombre de secrets et exacerber les rancœurs étouffées, car même si chaque habitant de la Baie a tendance à ne s’occuper que de ses affaires, il n’en reste pas moins au courant de ce qui se passe chez leurs voisins.

J’aurais dû le savoir au vu du titre mais je ne m’attendais pas à une histoire aussi sombre pour autant. Pendant tout le livre, je me suis sentie dans une sorte de bulle remplie de tous les sentiments négatifs qu’on peut trouver chez l’être humain. Alors, c’était psychologiquement super intéressant mais ce ne fût pas une lecture très légère. Le décor de la Baie fait froid dans le dos et pose une ambiance sinistre au récit dès le début. Cela est accentué, tout d’abord par la disparition de Suzy, puis par la découverte de son cadavre et par les réactions des habitants.
Cela faisait longtemps que j’avais côtoyé des personnages aussi peu agréables. Ce n’est pas un défaut mais disons qu’ils sont tous très humains, avec leurs difficultés et leurs propres intérêts à protéger et ils ne nous sont clairement pas décrits sous leur meilleur jour. C’est le cas par exemple d’Astrid, qui rabroue son mari et le traite de bon à rien dès qu’elle en a l’occasion, ou de Dominique qui s’échappe des conversations telle une anguille. Seul Cédric et sa générosité compense toute cette négativité, même si cela ne dure pas…

Je parle des personnages secondaires mais Josefa n’est pas spécialement mieux. Je suis passée par toutes les émotions avec elle. J’avais vraiment envie de l’apprécier, de compatir à son malheur et de vouloir que justice soit faite mais elle est, par moment, tellement exécrable envers ceux qui lui tendent la main que je n’ai pas toujours réussi.
J’ai aimé les premiers chapitres où elle envoie boulet toutes les personnes qui lui proposent de l’aide pour l’enterrement, etc., ces mêmes personnes qui ne se sont pas gênées pour critiquer quelques jours auparavant sa façon de vivre et d’élever son enfant et qui ne l’ont absolument pas aidé à retrouver Suzy quand celle-ci était encore disparue. Joséfa est une femme profondément triste et qui va refuser toute forme d’hypocrisie et je l’ai beaucoup apprécié pour ça. On ressent sa colère, son impuissance, sa tristesse et le dégoût qu’elle a des autres. Malheureusement, par la suite, j’ai trouvé qu’elle s’enfonçait un peu trop dans son malheur et qu’elle n’était pas toujours juste envers son entourage. C’est à partir de là que j’ai eu plus de mal à l’apprécier, même si je comprends comment elle a pu en arriver à ce stade.

Néanmoins son comportement soulève de très bonnes questions de société comme par exemple, la durée acceptable pour un deuil. Chaque personne vit son deuil différemment et alors que certaines vont mettre quelques semaines à retrouver une vie « normale », d’autres seront toujours au même point des mois plus tard. Cependant, bien que l’entourage d’une personne endeuillée va être compatissante et compréhensive les premières semaines, cela sera de moins en moins le cas au fil du temps. La société nous impose de nous remettre de nos émotions qu’on le puisse ou non, au risque d’agacer les autres et d’être rejeté. C’est un peu ce que nous retrouvons avec Joséfa. L’assassin de sa fille court toujours dans la nature mais Joséfa se doit d’être souriante et dynamique au boulot.

En plus de nous imposer la durée de notre deuil, la société nous contraint à agir d’une certaine façon sous peine de vexer la populace. Ainsi, Joséfa refuse que n’importe qui se trouve à l’enterrement ou qu’un hommage ait lieu pour l’anniversaire de la mort de sa fille. Ces décisions sont mal vues par les habitants qui la rejetteront encore un peu plus. Mais Joséfa a t-elle le droit d’interdire aux autres de faire leur deuil ou leur hommage sous prétexte qu’ils ne sont pas de la famille ? Est-ce de l’hypocrisie de leur part ? De la compassion mal placée ? Et peut-on obliger Joséfa a supporté tout ça ? Où s’arrête le politiquement correct et où commence l’indécence ?
Je trouve que ce roman, sur fond d’une enquête policière, nous fait beaucoup réfléchir sur ce qu’il est bon ou non de faire face au deuil, qu’on soit directement touché ou non.

Enfin, la recherche de la vérité ne serait pas évidente, que ce soit du côté de la police, trop conciliante avec les multiples témoins ou du côté de Joséfa qui avance sur une pente dangereuse et glissante. Là, encore, Estelle Tharreau nous pousse à la réflexion sur les limites à ne pas dépasser pour obtenir justice mais aussi sur la distance et l’objectivité qu’il est nécessaire d’avoir pour mener une enquête. J’ai beaucoup aimé toutes ces nuances et toutes ces contradictions qui s’entrechoquent dans ce microcosme bien opaque et fangeux.

Bref, « Les eaux noires » est un livre psychologiquement passionnant ! La Baie des Naufragés est comme un volcan qui bouillonne et finit par exploser à cause de la pression des secrets et des non-dits. J’ai aimé voir Joséfa combattre l’hypocrisie, les rumeurs et essayer de percer les mystères de la Baie. Je l’ai beaucoup moins apprécié quand elle a commencé à partir en vendetta et qu’elle ne réfléchissait plus aux conséquences de ses faits et gestes. Malgré tout, cette mini-société où chacun protège ses petits et ses intérêts au détriment de la vérité, de la justice ou même de la vie d’un autre, était très intéressante à suivre.

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