La peine du bourreau – Estelle Tharreau

Note : ★★★★☆ (4.25/5)
Extrait : « La mort, on s’habitue à la voir, mais pour la souffrance, c’est plus long. Je ne sais même pas si c’est possible. »

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Titre : La peine du bourreau
Auteur : Estelle Tharreau
Genre : Thriller
Langue : Française
Pages : 256
Note : 4.25/5

En bref : Un thriller prenant qui fait une excellente critique du système judiciaire américain. J’ai beaucoup aimé la mise en lumière du travail de gardien qu’on a tendance à oublier et le fait qu’on nous emmène dans cette zone grise où il est impossible de dire si notre protagoniste est un héro ou un assassin, s’il mérite son sort ou s’il devrait être gracié.

Résumé :

McCoy est « bourreau » au Texas. Après 42 ans passés dans le couloir de la mort, il reçoit la visite officieuse du Gouverneur Thompson qui doit se prononcer sur la grâce du condamné numéro 0451. Il ne leur reste que quatre heures pour faire revivre les souvenirs de McCoy avant l’injection létale.
Quatre heures dans l’isolement de la prison de Walls.
Quatre heures pour cinq crimes qui déchaînent les passions.
Quatre heures pour ce qui pourrait être la dernière exécution de McCoy.
Quatre heures pour jouer le sort d’un homme.

Un thriller psychologique aussi troublant que fascinant : une immersion sans concession dans le couloir de la mort et ses procédures d’exécution.

Avis :

Ce livre est un SP proposé par les Editions Taurnada et je remercie Joël pour sa confiance. C’est toujours un plaisir de découvrir les romans de cette maison d’édition.

Cela fait maintenant quelques temps que je suis en partenariat avec la maison d’édition Taurnada et je commence à faire le tour des auteurs. Estelle Tharreau n’est donc plus une inconnue à mes yeux et après avoir lu De la Terre dans la bouche et dévoré Mon ombre assassine, j’étais impatiente de découvrir ce qu’elle nous avait concocté cette fois-ci.

Dès le début, le lecteur est mis à contribution et on est plongé aux côtés d’un protagoniste pour le moins particulier. En effet, Ed 0451 est l’auteur de cinq meurtres et a été condamné à la peine de mort pour cela. Aujourd’hui, il est amené au pénitencier de Walls où il sera exécuté quatre heures plus tard. Pourquoi autant d’effervescence autour d’un criminel n’ayant tué « que » cinq personnes ? C’est ce que nous découvrirons au fil des pages.

Comme souvent maintenant avec Taurnada, je n’ai lu le résumé qu’en diagonale et ne me souvenais guère de l’histoire quand je l’ai commencé. J’ai donc été agréablement surprise par le point de vue donné par Estelle Tharreau. Tout comme Mon ombre assassine où nous suivions une tueuse en série, ici, nous suivons aussi un « méchant », un homme ayant assassiné cinq personnes. Mais plus les heures passent, plus Ed 0451 raconte son histoire au gouverneur qui lui fait face et qui doit déterminer s’il gracie ou non notre détenu, plus il est difficile de le mettre dans le même panier que tous ces meurtriers assoiffés de sang.

Pourquoi ? Tout simplement à cause de l’identité des victimes qui étaient loin d’être des anges. Pour autant, méritaient-ils de mourir ? Avait-il le droit de vie ou de mort sur ces personnes ? Là, sont les principales questions de ce roman et nous basculons alors sur un sujet très controversé aux Etats-Unis : la peine de mort doit-elle être abolie ? Le système judiciaire doit-il être repensé ? Si oui, comment ?
Estelle Tharreau ne nous donne pas vraiment son opinion à ce sujet mais elle nous donne les éléments pour que nous nous fassions notre propre avis. Elle nous expose la vie des condamnées à mort et se concentre sur quelques profils en particulier pour nous montrer toutes les failles du système judiciaire américain. A travers le vécu de Ed 0451, nous découvrons comment un homme peut être accusé à tort, comment un autre peut être libéré alors que toutes les preuves l’accablent ou encore à quel point les circonstances d’un meurtre peuvent parfois être complètement balayées.
A chaque nouveau profil qu’il nous décrit, nous sommes déçus et frustrés par ce système judicaire corrompu et défaillant. Nous comprenons alors un peu mieux son geste, mais cela l’excuse t-il ? Que ce soit la foule qui manifeste dans la rue, les proches des victimes ou le gouverneur lui-même, chacun à sa réponse et elles sont loin de concordées.

Un autre point que j’ai adoré et qui est trop peu souvent abordé, c’est la vie des gardiens de prison. Aux Etats-Unis, il semblerait que certains gardiens soient attitrés au couloir de la mort et qu’à tour de rôle, ils aient pour mission d’aider à l’exécution d’un détenu. La peine de mort n’existe plus en France donc je ne me suis jamais posée la question mais que se passe t-il dans la tête d’un « bourreau » lorsqu’il est chargé d’appliquer la sentence de l’Etat ?
C’est un sujet que l’auteur développe très bien et qui m’a vraiment touché dans ce roman. Ces hommes ne font que leur travail mais ce dernier les oblige à tuer d’autres personnes et le système étant ce qu’il est, les détenus qu’ils exécutent ne se révèlent pas tous être des criminels… Nous nous occupons des soldats lorsqu’ils reviennent traumatisés de la guerre mais qui s’occupe des bourreaux qui exécutent des gens qu’ils côtoient quotidiennement pendant des dizaines d’années et dont certains sont accusés et tués à tort ? C’est une réflexion que je me suis faite durant ma lecture et qui m’a pas mal titillé.

En bref, « La peine du bourreau » est un thriller prenant. Estelle Tharreau exploite le sujet de la peine de mort avec beaucoup d’ingéniosité et fait une excellente critique du système judiciaire américain grâce à quelques témoignages pertinents. J’ai beaucoup aimé la mise en lumière du travail de gardien qu’elle a fait et qu’on a tendance à oublier. Mais aussi le fait qu’elle emmène le lecteur dans cette zone grise où il est impossible de dire si notre protagoniste est un héro ou un assassin, s’il mérite son sort ou s’il devrait être gracié. Même si on peut avoir un avis tranché sur la question à un moment donné dans l’histoire, l’auteur nous abreuve de nouvelles informations qui nous mettent constamment le doute et font vaciller nos convictions. Vaut-il mieux laisser vivre un coupable ou prendre le risque de tuer un innocent ?

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